mardi 29 septembre 2026

Si Vesse m'était conté

 


Ce livre est né pour ne pas laisser la poussière gagner du terrain, pour empêcher qu’elle recouvre des noms, des visages, des histoires. Il est né pour interdire au silence de s’installer là où tant de vies ont vibré. Parce que c’est ici que tout commence, c’est ici que tout revient, et c’est ici que tout demeure.

Quand je suis revenue de mon opération, faible certes, mais heureuse de revoir les couleurs de la vie et de retrouver mon nid, mes chiens, j’ai voulu célébrer ce retour à ma façon.

Dès que j’ai pu reprendre ma plume, tout s’est imposé naturellement. Les mots sont revenus comme une respiration naturelle, comme si ce lieu m’attendait pour que je raconte ce qu’il porte encore.

C’est en écrivant que j’ai découvert que, derrière cette poignée de maisons, se cachait une histoire humaine, discrète, enfouie, mais bien vivante. J’ai offert mes quarante pages à mes voisins, mais je sais que ce livre ne fait que commencer.

Je veux continuer, pour vous faire comprendre, comment un lieu si petit et perdu, peut devenir un endroit précieux pour des familles et leur région. Pas besoin d’église, ni de bureau de poste, pour lui donner son importance. Ceux qui ne connaissent que la foule, le bruit, la vie trépidante et instable ne peuvent pas comprendre ce que représente un lieu comme celui-ci.

Je vis ici à l’année, et lorsque certains s’étonnent, s’inquiètent, ou dramatisent, je leur réponds toujours dans un sourire amusé : Pourquoi avoir peur ? Ici, le silence n’est pas une absence, c’est un bienfait, un ressourcement profond que beaucoup ont oublié. Il apaise, il redonne une place à ce que l’on porte en soi, il permet de respirer autrement.

On croit souvent que vivre entouré d’autres gens, peut apporter une sécurité, mais c’est une illusion. La vraie sécurité, la vraie stabilité, naissent parfois dans ces endroits retirés, où l’on entend enfin ce que l’on n’entend plus ailleurs, son propre rythme, sa propre paix.

Ici, le silence n’est pas un manque, C'est une présence qui protège et qui rappelle que la vie peut être simple, stable et fidèle. Ce silence ne juge pas, il ne bouscule pas, il soigne mieux que bien des paroles.

C’est pour cela que ce lieu demeure précieux à mes yeux. Il offre ce que le monde oublie, le temps, la lenteur, la respiration et la mémoire.

La nature, ici, n’est pas un décor, c'est une alliée. Une force tranquille qui nous remet à notre place, sans bruit, sans effort. Elle nous enveloppe, nous apaise et nous réapprend à vivre. 

Elle n’est pas un spectacle, elle est une présence qui accompagne chaque pas, chaque saison, chaque retour à soi. Elle offre ce que l’agitation du monde ne sait plus donner, la stabilité. Elle nous ramène à l’essentiel, à ce qui nous tient debout quand tout vacille. Elle nous rappelle que l’on peut vivre autrement, sans dépendre du tumulte, sans chercher refuge dans la foule pour se rassurer.

La nature est un soin profond qui ne promet rien mais qui donne tout. Elle nous reconstruit sans discours, sans jugement, simplement en étant là. Ici, la nature est une vérité. Une vérité simple, qui ne s’est jamais perdue. Elle nous rappelle que certains endroits ne protègent pas parce qu’ils sont peuplés, mais parce qu’ils sont justes. Parce qu’ils portent une harmonie que rien ne trouble, une vérité que le temps n’efface pas.


Texte et images © Joyce — Reproduction interdite sans autorisation